Le 7 août 2026, aux alentours du bloc 961 632, la phase de signalement obligatoire de BIP-110 doit démarrer sur Bitcoin – avec, si le seuil requis est atteint, une activation effective un mois plus tard, vers le bloc 965 664 (début septembre). Sur le papier, une simple limite technique. Dans les faits, une proposition qui pourrait scinder le réseau en deux, faute d’avoir convaincu grand monde de la suivre. À quelques semaines de l’échéance, le soutien des mineurs plafonne à un niveau ridicule. Et deux figures pas franchement anonymes de l’écosystème, Adam Back et Michael Saylor, viennent de sortir l’artillerie lourde pour dire tout le mal qu’ils en pensent.
- La proposition BIP-110, visant à limiter le stockage de données arbitraires sur Bitcoin, a suscité un débat houleux et pourrait scinder le réseau en deux.
- Le soutien des mineurs pour BIP-110 est resté à un niveau dérisoire, malgré l’imminence de la date limite pour son activation.
BIP-110, ou comment fâcher la moitié de la communauté avec 83 octets
Concrètement, que propose ce texte ? BIP-110 vise à restreindre le stockage de données arbitraires dans les transactions Bitcoin : les sorties OP_RETURN (un espace de la transaction pouvant contenir des données non-monétaires) plafonnées à 83 octets, et les insertions de données limitées à 256 octets. L’objectif à peine caché : freiner des protocoles comme Ordinals et Runes, qui utilisent l’espace de bloc pour stocker images, jetons et autres fichiers, au grand dam des puristes.
Le hic, c’est le mécanisme retenu pour verrouiller l’activation : il faut que 55 % des blocs d’une même période d’ajustement de difficulté (2 016 blocs, soit environ 110 blocs par jour) signalent leur soutien pour que la règle s’active un mois plus tard. Or, selon CoinDesk, qui faisait le point aujourd’hui, le signalement oscille entre 0,4 % et 0,8 % des blocs récents, soit environ 5 EH/s (exahash par seconde, l’unité de puissance de calcul du réseau) sur une puissance totale proche de 940 EH/s.
Un chiffre presque comique pour un changement censé s’imposer à tout le réseau. Foundry USA, qui contrôle à elle seule près d’un tiers du hashrate, et AntPool, autour de 14 %, n’ont toujours pas bougé. Ceux qui signalent aujourd’hui ? Le pool Ocean, en tête, complété par de petits opérateurs aux noms évocateurs comme BIP110 ou Roughnecks110 – loin, très loin, des poids lourds du secteur.
Adam Back et Saylor, en chœur pour une fois
Sur ce dossier au moins, deux voix qui ne sont pas toujours d’accord se retrouvent sur la même ligne. Adam Back, patron de Blockstream et figure historique du cypherpunk, a publiquement rejeté la proposition dès le 8 juin, la qualifiant de « techniquement bancale ». Selon lui, forcer l’activation sans consensus suffisant expose le réseau à un scénario redouté entre développeurs : le fork minoritaire, où une partie du réseau applique la nouvelle règle et l’autre continue comme si de rien n’était, créant deux chaînes Bitcoin incompatibles entre elles.
Michael Saylor, président de MicroStrategy et défenseur inlassable de l’accumulation de bitcoins, ne mâche pas ses mots non plus. Il qualifie la mesure de « risque inutile pour la stabilité globale du système » et l’intègre comme danger technologique dans les 5 risques qui, d’après lui, menacent le protocole Bitcoin.
Un débat vieux comme Bitcoin (ou presque)
Rien de nouveau sous le soleil, en réalité. La querelle autour de l’usage de l’espace de bloc pour des données non-monétaires ressurgit régulièrement depuis plus d’une décennie, chaque camp campant sur ses positions.
D’un côté, les défenseurs d’un Bitcoin minimaliste, cantonné à son rôle reine des cryptomonnaies. De l’autre, ceux qui voient dans Ordinals et consorts une source de revenus bienvenue pour les mineurs, à l’heure où les récompenses de bloc s’amenuisent après chaque halving.
Sauf qu’un fork forcé sans consensus large n’a jamais bien fini dans l’histoire de Bitcoin. Le précédent le plus cité reste celui de 2017, quand le désaccord sur la taille des blocs avait débouché sur la naissance de Bitcoin Cash, une scission encore vive dans les mémoires de ceux qui l’ont vécue.
Ce qu’il faut surveiller d’ici août
Reste une question ouverte : que se passe-t-il si, au bloc 961 632, le soutien des mineurs n’a toujours pas décollé ? Deux issues se dessinent. Soit la règle échoue purement et simplement à s’activer, faute de majorité suffisante pour l’imposer. Soit elle s’active malgré tout dans une portion minoritaire du réseau, ouvrant la voie à la fragmentation qu’Adam Back redoute tant.
D’ici là, tous les regards seront tournés vers les grands pools de minage, Foundry, AntPool, F2Pool, dont le silence actuel en dit peut-être plus long que n’importe quelle déclaration publique. Un mois, c’est court pour rallier un réseau entier à une cause technique. Mais Bitcoin a déjà surpris son monde par le passé, dans un sens comme dans l’autre.
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