Le canari commence à tousser. Casser la cryptographie qui protège Bitcoin ne relève plus de la prospective lointaine : d’après un whitepaper publié fin mars par Google Quantum AI, moins de 500 000 qubits physiques suffiraient, soit environ dix fois moins que les estimations antérieures. Aucune machine actuelle n’approche ce seuil, la menace reste une affaire d’années. Mais avec près de 7 millions de BTC posés sur des adresses vulnérables et visibles de tous, le doyen des cryptoactifs sonnerait la première alarme mondiale le jour où un ordinateur quantique franchira la ligne.
Points clés
- Google Quantum AI divise par dix l’estimation des ressources nécessaires pour casser une clé Bitcoin : moins de 500 000 qubits physiques
- Près de 7 millions de BTC, dont les 1,1 million attribué à Satoshi, reposent sur des adresses à clé publique exposée
- Le Q-Day Prize de Project Eleven a récompensé le cassage d’une clé de 15 bits, record public encore très loin des 256 bits de Bitcoin
- Les BIP-360 et BIP-361 organisent la migration vers des adresses post-quantiques, avec gel des coins non migrés après cinq ans
Un casse à 500 000 qubits : la facture fond à vue d’œil
Le document de 57 pages, cosigné notamment par Justin Drake de l’Ethereum Foundation et le cryptographe de Stanford Dan Boneh, s’attaque au verrou mathématique de Bitcoin : le problème du logarithme discret sur courbe elliptique (ECDLP), ce calcul réputé impossible à inverser qui empêche de déduire une clé privée à partir d’une clé publique. L’algorithme de Shor, exécuté sur un ordinateur quantique suffisamment puissant, pulvérise cette impossibilité. La nouveauté tient dans le devis : environ 1 200 qubits logiques, moins de 500 000 qubits physiques et un temps de calcul de l’ordre de quelques minutes. Les travaux précédents évoquaient jusqu’à 13 millions de qubits.
Les machines actuelles plafonnent à quelques milliers de qubits physiques bruités, très loin du compte. IBM vise toutefois son premier ordinateur tolérant aux fautes pour 2029 avec Starling et ses 200 qubits logiques, tandis que les capacités matérielles doublent tous les un à deux ans. Justin Drake a d’ailleurs relevé début juin ses probabilités personnelles d’un « Q-Day », ce jour où la cryptographie classique cédera.
Sept millions de BTC à ciel ouvert
Pourquoi Bitcoin en première ligne ? Parce que son registre public transforme la vulnérabilité en butin affiché. Toute adresse ayant déjà dépensé des fonds, ou datant des premiers formats du réseau, expose sa clé publique sur la blockchain. Galaxy Digital chiffre à environ 7 millions le nombre de BTC concernés, près de 470 milliards de dollars au cours actuel, dont les 1,1 million de BTC dormants attribués à Satoshi Nakamoto. Les adresses modernes qui n’ont jamais dépensé restent mieux protégées, leur clé publique demeurant masquée derrière un hachage.

La distance à parcourir reste immense, et les faits le confirment. En avril, Project Eleven a décerné son Q-Day Prize, une prime de 1 BTC, au chercheur italien Giancarlo Lelli pour avoir cassé une clé de 15 bits sur un ordinateur quantique accessible au public. Un bond de 512 fois par rapport au record précédent de 6 bits, mais chaque bit supplémentaire double environ la difficulté : les 256 bits d’une clé Bitcoin restent hors d’atteinte. BlackRock n’attend pourtant pas pour se couvrir : le prospectus de son ETF IBIT mentionne le risque quantique depuis mai 2025.
BIP-360, BIP-361 : Bitcoin corrige au grand jour
La riposte est déjà sur la table. Le BIP-360 introduit un nouveau type d’adresses résistantes au quantique (P2QRH), dont la première implémentation a atteint un testnet en mars grâce à BTQ Technologies. Mi-avril, Jameson Lopp, directeur technique de Casa, et cinq autres développeurs ont déposé le BIP-361 : les adresses vulnérables seraient progressivement désactivées, et les coins non migrés au bout de cinq ans après activation seraient gelés. Une mesure radicale que Lopp défend sans détour depuis son essai de mars 2025 :
« Les mineurs quantiques n’échangent rien, ce sont des vampires qui se nourrissent du système. »
Jameson Lopp, directeur technique de Casa
Le gel divise la communauté, certains y voyant une confiscation contraire à l’esprit du protocole. Une proposition complémentaire publiée début mai offre une porte de sortie élégante : prouver la propriété d’anciens coins sans les déplacer, y compris pour Satoshi lui-même. La même cryptographie à courbes elliptiques verrouille par ailleurs les échanges TLS, les banques et une bonne partie des infrastructures d’État, qui corrigeront leurs systèmes en silence. Bitcoin, lui, mène sa migration en public, code ouvert et débats à l’appui. Si le canari tombe, c’est toute la mine qui devra remonter à la surface. Le réseau de Satoshi a déjà commencé l’ascension.
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