C’était inévitable… Quatre ans après avoir réclamé l’interdiction des cryptomonnaies, la Banque de Russie propose d’autoriser le bitcoin, l’ether et l’USDT sur les plateformes réglementées du pays. Les particuliers pourront les acheter dès lors qu’ils réussissent un « test de connaissance » et respectent un plafond annuel. La loi encadrant ce nouveau marché a déjà été signée par Vladimir Poutine et doit entrer en vigueur le 1ᵉʳ septembre. Seul le texte d’application de la banque centrale reste en consultation jusqu’au 24 août. Les Russes pourront donc investir dans les cryptomonnaies, mais toujours pas les utiliser pour régler leurs achats quotidiens.
Points clés
- La Banque de Russie propose d’admettre BTC, ETH et USDT sur les plateformes réglementées.
- Les particuliers seront limités à 300 000 roubles (3 150€) par an et par intermédiaire.
- Tous les investisseurs devront réussir un test et reconnaître les risques encourus.
- Les paiements domestiques en cryptomonnaies resteront interdits, contrairement à certains règlements transfrontaliers.
Bitcoin, Ethereum et USDT réservés aux particuliers
La sélection repose sur trois critères : une capitalisation moyenne supérieure à 5 000 milliards de roubles (environ 52,5 milliards d’euros) sur deux ans, un volume quotidien moyen dépassant 1 000 milliards de roubles (environ 10,5 milliards d’euros) et au moins cinq années d’historique de prix sur une plateforme étrangère.
D’après la Banque de Russie, seuls Bitcoin, Ethereum et le stablecoin USDT de Tether remplissent actuellement l’ensemble de ces conditions. Les investisseurs non qualifiés pourront acheter ces trois actifs dans la limite de 300 000 roubles par an auprès de chaque intermédiaire, soit environ 3 150 euros au taux de change actuel. Ce plafond s’appliquera séparément chez les courtiers, plateformes d’échange et sociétés de gestion agréés.
Les investisseurs qualifiés pourront accéder sans plafond aux cryptomonnaies proposées sur les marchés réglementés et de gré à gré. Tous devront néanmoins réussir un test préalable et prendre connaissance des risques liés à la volatilité, à la conservation et aux éventuelles pertes.
La différence avec le projet initial est importante : le texte n’attend plus un vote du gouvernement ou de la Douma. La loi fédérale a été promulguée le 4 août. La consultation actuelle porte uniquement sur les modalités définies par la Banque de Russie.

La Russie préfère désormais surveiller plutôt qu’interdire
Ce changement ne transforme pas les cryptomonnaies en monnaies légales. Le rouble conserve son monopole pour les paiements intérieurs : impossible de régler un bien ou un service en BTC, ETH ou USDT. Leur utilisation reste cependant possible dans certains règlements transfrontaliers, un besoin devenu stratégique pour les entreprises russes confrontées aux sanctions occidentales.
L’intégration de l’USDT est particulièrement significative. Le stablecoin sert déjà aux échanges pair-à-pair et à certains circuits commerciaux internationaux. Son admission sur des plateformes contrôlées permettra au régulateur de surveiller des flux qui passaient jusqu’ici par des intermédiaires étrangers ou informels.
Cette ouverture comporte toutefois un risque politique. Tether reste une société étrangère capable de geler des adresses, comme elle l’a déjà fait pour des portefeuilles associés à des plateformes russes sanctionnées. L’USDT apporte la liquidité du dollar numérique, mais pas son indépendance.
La Banque de Russie abandonne donc l’idée d’éradiquer un marché qu’elle ne parvenait pas à contrôler. À partir de septembre, elle cherchera plutôt à l’encadrer, le fiscaliser et en limiter l’accès. Moscou ouvre la porte au bitcoin, mais garde fermement la main sur la poignée.
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