La sécurité est en grande partie une superstition. Elle n’existe pas dans la nature. Un hardware wallet, par définition, c’est la promesse d’une clé privée qui ne touche jamais Internet. Coinkite, le fabricant du Coldcard, vient pourtant de prévenir ses utilisateurs qu’une partie de ses appareils Mk3 pourrait avoir généré des seeds (les phrases de récupération qui donnent accès aux fonds) prévisibles plutôt que réellement aléatoires.
Résultat : environ 500 adresses vidées d’un coup, pour un butin proche de 38 millions de dollars.
- Coinkite a alerté ses utilisateurs qu’une faiblesse dans certains Coldcard Mk3 pourrait avoir généré des seeds prévisibles.
- Environ 500 adresses ont été vidées en 25 minutes, avec un butin de près de 38 millions de dollars, soulignant une faille inquiétante.
594 BTC perdus en 25 minutes
Selon The Block, Coinkite a publié une alerte formelle le 31 juillet concernant les Coldcard Mk3 tournant sous des firmwares allant de la version 4.0.1 à 5.0.3. Le soupçon porte sur le générateur de nombres aléatoires (RNG, l’algorithme censé produire des seeds impossibles à deviner) : une faiblesse à cet endroit précis, et c’est toute la promesse de sécurité de l’appareil qui s’effondre.
Environ 594,5 BTC ont quitté quelque 500 adresses en single-signature (protégées par une seule clé, sans validation supplémentaire) lors d’une série de transactions coordonnées, étalées sur trois blocs Bitcoin consécutifs.
Vingt-cinq minutes montre en main pour vider un demi-millier de portefeuilles.
Coinkite précise tout de même un détail qui change la donne pour une partie des détenteurs : les seeds protégées par une passphrase BIP-39 (une phrase secrète additionnelle que l’utilisateur ajoute lui-même, non stockée sur l’appareil) échapperaient largement au risque. Les Mk4, Q et Mk5, générations plus récentes, ne seraient quant à elles pas concernées.
Un lien de cause à effet encore à confirmer
Reste un point que Coinkite lui-même reconnaît : rien ne prouve, à ce stade, que la faille RNG soit la cause directe du vol. Le rapprochement entre l’alerte et les transactions suspectes est logique, presque évident même. Mais entre « logique » et « prouvé », il y a une marge que les enquêteurs n’ont pas encore comblée.
En attendant, la recommandation est sans ambiguïté : tout possesseur d’un Mk3 sous les firmwares concernés doit migrer ses fonds vers une nouvelle seed générée sur un appareil non affecté, et ne surtout pas réutiliser l’ancienne. Une prudence qui coûte une transaction, contre un risque qui pourrait coûter beaucoup plus.
Pas forcément la Corée du Nord, mais une deuxième vague à craindre
Du côté des experts en sécurité, l’analyse va plus loin que le simple constat de Coinkite. Sur X, Charles Guillemet, CTO de Ledger (et donc, transparence oblige, un concurrent direct de Coinkite), a livré le 31 juillet une lecture technique qui mérite d’être connue, même venant d’un acteur qui a tout intérêt à pointer les failles d’un rival.
« Si vous avez généré votre phrase de récupération sur une Coldcard, transférez vos fonds ailleurs au plus vite.
Vu la manière dont les fonds sont transférés, il est peu probable que ce soit la Corée du Nord. On risque d’assister à une deuxième vague de vols, plus importante encore, surtout maintenant que tout est public.
Et les 73 bits de « sécurité » (sur mk4+) semblent suffisants. Tenter de deviner tout l’espace disponible n’est pas rentable.
Cependant, il y a une marge d’optimisation considérable. Et je ne parle même pas des identifiants d’appareil, qui sont loin d’être aléatoires. »
Sa première observation tranche avec le réflexe habituel du secteur : vu la manière dont les fonds ont été balayés, il juge peu probable qu’il s’agisse de la Corée du Nord, souvent soupçonnée en premier lieu dès qu’un vol de cette ampleur touche l’écosystème Bitcoin. Un signal qui, il est vrai, oriente plutôt vers un acteur isolé ayant simplement su exploiter la faille au bon moment.
Sa mise en garde, elle, est sans appel. Maintenant que la vulnérabilité est publique, Guillemet anticipe une deuxième vague de vols, plus large que la première. Logique : chaque possesseur de Mk3 qui traîne à migrer ses fonds devient une cible identifiée, et la course de vitesse entre utilisateurs prudents et pirates opportunistes vient officiellement de commencer.
Guillemet apporte enfin une nuance technique sur les modèles plus récents. Selon lui, les 73 bits de sécurité (une mesure de la difficulté à deviner une clé par force brute, l’attaque qui consiste à tester toutes les combinaisons possibles) des Mk4 et versions suivantes restent largement suffisants : les casser demanderait une puissance de calcul économiquement absurde. Il pointe malgré tout une marge d’optimisation réelle, y compris sur les identifiants d’appareil, qui seraient eux aussi loin d’être parfaitement aléatoires. Une faille théorique, pas une urgence, mais un chantier que Coinkite aurait tort d’ignorer.
Enfin, gardons en tête les bons refléxes : la sécurité de ses bitcoins ne se limite jamais à l’achat d’un boîtier réputé fiable.
Elle se vérifie, se met à jour, et parfois se remet en cause du jour au lendemain, même pour du matériel qui a des années de réputation derrière lui.
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