Sixième sens. Une enquête récente publiée par le média Press Gazette met en lumière l’existence possible d’un réseau coordonné de diffusion de contenus crypto promotionnels au sein de plusieurs publications financières d’envergure. Quatre contributeurs enregistrés sous les noms de Nikolai Kuznetsov, Reuben Jackson, Luis Aureliano et Joe Liebkind ont ainsi publié plus de 1 000 articles dans une trentaine de médias reconnus, parmi lesquels Forbes, HuffPost ou VentureBeat. Selon l’enquête, ces profils disposent d’un historique professionnel très limité en ligne et utilisent, dans certains cas, des photographies de profil générées par intelligence artificielle ou réutilisées depuis des banques d’images publiques. Interrogées par Press Gazette, les rédactions concernées n’ont pas été en mesure de confirmer formellement l’identité réelle de ces contributeurs indépendants. Voici ce que l’on sait de cette drôle d’affaire.
- Une enquête a révélé l’existence d’un réseau de rédacteurs fantômes publiant des contenus promotionnels dans des médias financiers renommés.
- Les identités de ces contributeurs restent floues, et certains contenus semblent liés à des intérêts commerciaux en cryptomonnaies, suscitant des inquiétudes sur l’intégrité éditoriale.
Des liens récurrents entre contenus publiés et communication crypto
L’analyse des articles publiés révèlerait de nombreuses convergences entre les sujets traités et les intérêts commerciaux de MarketAcross, une société spécialisée dans la communication autour des cryptomonnaies et de la blockchain. Plusieurs contenus rédigés par ces profils mettent régulièrement en avant des projets ou des actifs numériques associés à des clients de l’agence.
Le profil le plus prolifique, Nikolai Kuznetsov, mentionnait par le passé une adresse identique à celle de la société InboundJunction, une structure partageant les mêmes fondateurs et plusieurs collaborateurs que MarketAcross. Ses publications ont également promu différents projets crypto liés à l’écosystème de l’agence. De son côté, Reuben Jackson a publié certains contenus sur des plateformes où ses articles apparaissaient associés à la mention « Market Across », suggérant un possible lien promotionnel ou sponsorisé.
Face à ces éléments, les responsables des sociétés concernées contestent toute implication directe dans la gestion de ces profils. Itai Elizur, associé dirigeant de MarketAcross et d’InboundJunction, a déclaré que ses entreprises n’employaient pas de journalistes et qu’aucun salarié actuel ne contrôlait les comptes mentionnés dans l’enquête.

Une incroyable affaire de faux rédacteurs finance et crypto
Il précise également que les structures ne disposent pas des coordonnées personnelles des individus concernés et rappelle que plusieurs faits évoqués remontent à plusieurs années. L’entreprise souligne par ailleurs que d’anciens employés font actuellement l’objet de procédures civiles pour violation de contrat et fraude présumée, invitant à replacer certains signalements dans ce contexte judiciaire.
L’enquête met surtout en évidence les difficultés croissantes rencontrées par les médias pour vérifier l’identité de contributeurs indépendants dans un environnement numérique où les outils génératifs deviennent de plus en plus sophistiqués. Selon plusieurs témoignages recueillis par Press Gazette, certains rédacteurs échangeaient uniquement par courrier électronique sans jamais participer à des appels vidéo ou à des rencontres directes.
Dans plusieurs cas, les profils étudiés ont publié des contenus favorables à des projets crypto qui se sont ensuite révélés très controversés ou se sont effondrés. Les articles de Joe Liebkind et Luis Aureliano ont notamment soutenu le projet Gladius, une startup blockchain ayant levé plusieurs millions de dollars avant de disparaître, provoquant des pertes importantes pour les investisseurs.

Des failles de vérification exploitées dans les médias numériques
À la suite de l’enquête, plusieurs plateformes ont engagé des mesures de suppression ou de réévaluation des contenus associés à ces signatures. Des médias comme Investopedia ou Tech.eu ont ainsi retiré certains articles après avoir été contactés par Press Gazette.
L’affaire s’inscrit également dans un contexte particulier propre à l’industrie crypto, où l’usage de pseudonymes et l’anonymat restent relativement répandus. Plusieurs journalistes spécialisés interrogés par le média qui a levé le lièvre rappellent que cette culture complique la distinction entre expertise indépendante, influence commerciale et contenus sponsorisés insuffisamment identifiés.
L’automatisation croissante de la création de profils crédibles, combinée à la difficulté de vérifier l’identité réelle des contributeurs externes, représente désormais un défi important pour les médias économiques et financiers. Cette enquête souligne la nécessité pour les éditeurs de renforcer leurs procédures de vérification, notamment lorsqu’il s’agit de sujets sensibles liés à l’investissement et aux actifs numériques. Si le retrait des contenus permet de limiter leur diffusion, cette affaire illustre surtout la complexité croissante du maintien de l’intégrité éditoriale à l’ère des outils génératifs et de l’économie de l’influence numérique. Enfin, sachez que de notre côté, même si l’IA nous aide au quotidien à synthétiser et à collecter de l’information, nous sommes tous de vraies personnes en chair et en os.
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