Douze millions de dollars de paris, 26 suspects. La police sud-coréenne a formellement ouvert des dossiers contre 26 utilisateurs de Polymarket pour jeu d’argent illégal, et 18 d’entre eux ont déjà été transmis au parquet. Le média Asia Economy chiffre les mises cumulées à 17,6 milliards de wons, soit environ 12,7 millions de dollars.
La plateforme est pourtant inaccessible depuis le pays, bloquée sur décision du régulateur des communications. Mais les enquêteurs n’ont eu besoin d’aucune coopération de Polymarket pour remonter jusqu’aux parieurs : les positions laissent évidemment une trace publique sur la blockchain.
Points clés
- 26 utilisateurs de Polymarket mis en cause en Corée du Sud, dont 18 dossiers déjà transmis au parquet
- 17,6 milliards de wons de mises (12,7 millions de dollars), dont 5,7 milliards pour un seul parieur
- Les enquêteurs ont croisé les registres publics de la blockchain et le renseignement en sources ouvertes (OSINT)
- Le code pénal coréen punit le jeu habituel de trois ans de prison, y compris pour des paris placés à l’étranger
Polymarket : 26 parieurs identifiés par la police sud-coréenne
La police a procédé à ce que le droit coréen appelle un « ipgeon » (입건), l’ouverture formelle d’un dossier pénal contre une personne identifiée. La décision de poursuivre relève ensuite du seul procureur.
Dix-huit des 26 dossiers ont déjà rejoint le parquet. Le reste demeure entre les mains des enquêteurs, qui poursuivent leurs vérifications sur des mises totalisant 17,6 milliards de wons.
Un seul parieur concentre 5,7 milliards de wons de mises, environ 4,1 millions de dollars. Il pèse à lui seul près d’un tiers du volume visé par l’enquête.
Pour identifier les intéressés, la police a croisé les registres publics de la blockchain et l’OSINT, pour open source intelligence, le renseignement tiré de sources librement accessibles : réseaux sociaux, forums, annonces, documents publics. Polymarket règle ses contrats en USDC sur Polygon, et chaque prise de position s’inscrit dans un registre que n’importe qui peut lire.
Le trading sans vérification d’identité (KYC, know your customer) protège l’utilisateur tant que son adresse reste isolée du reste de son activité financière. Il suffit que les fonds transitent par une plateforme coréenne soumise au compte bancaire nominatif pour que le portefeuille se raccroche à une identité civile.

Pourquoi Séoul traite Polymarket comme un casino clandestin
Le code pénal sud-coréen punit le simple joueur d’une amende pouvant atteindre 10 millions de wons, environ 7 000 dollars. Le joueur reconnu habituel risque jusqu’à trois ans de prison ou 20 millions de wons d’amende. La loi suit par ailleurs le ressortissant coréen au-delà des frontières : un pari placé depuis l’étranger ou sur un site étranger tombe sous le même article.
Les exceptions relèvent de monopoles publics : loteries d’État, paris sportifs Sports Toto, courses hippiques et cyclistes, plus un unique casino ouvert aux nationaux, à Kangwon Land. Tout le reste, des bookmakers offshore aux marchés prédictifs, entre dans la catégorie du jeu illégal.
Le blocage de l’accès à Polymarket avait été ordonné un mois avant la première vague de mises en cause par la Commission des normes de communication de Corée (KCSC), l’organe qui décide du filtrage des sites jugés illicites. Un filtrage de domaine ne résiste pas à un VPN, et l’enquête s’est déplacée du site vers les portefeuilles de ses utilisateurs.
Marchés prédictifs : Séoul verrouille, Wall Street signe des chèques
Polymarket a racheté l’opérateur QCEX pour 112 millions de dollars afin de revenir sur le marché américain sous licence de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le régulateur fédéral des produits dérivés. ICE, propriétaire du New York Stock Exchange, a ensuite engagé jusqu’à 2 milliards de dollars dans la société, sur une valorisation d’environ 8 milliards.
Le même produit se négocie donc sous supervision fédérale à New York et vaut une amende à Séoul. L’appétit coréen pour les actifs numériques ne faiblit pas pour autant : les plateformes locales recensent environ 16 millions de comptes pour 51 millions d’habitants, et Upbit rivalise régulièrement avec les premiers échanges mondiaux en volume quotidien.
Les dossiers désormais entre les mains du parquet fixeront le barème applicable : amende pour le parieur occasionnel, peine de prison si la qualification d’habitude est retenue. Avec 5,7 milliards de wons engagés, le plus gros parieur du lot disposera de peu d’arguments pour l’écarter. De Washington à Séoul en passant par Paris, la règlementation pour un service identique est décidément loin d’être la même !
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