Mensonges, sacrés mensonges et statistiques. L’indice d’inflation préféré de la Réserve fédérale est sorti meilleur que prévu mercredi 30 septembre à 14 h 30 (heure de Paris). Le core PCE (hors alimentation et énergie) est ressorti à 3 % sur un an contre 3,3 % attendus et Bitcoin est repassé dans la foulée au-dessus de 84 000 dollars.
Un détail a pourtant échappé à la plupart des gros titres. Le Bureau of Economic Analysis (BEA) a modifié le même jour sa façon de calculer une partie de l’indice qu’il publie. Après un été passé sous la menace d’une hausse des taux, la nuance compte. Si les marchés ne croient plus à une hausse des taux en octobre, est-ce parce que les prix ralentissent, ou parce que le BEA a changé sa façon de les compter ?
- L’indice d’inflation préféré de la Réserve fédérale a été inférieur aux attentes, surprenant les marchés.
- Le Bureau of Economic Analysis a modifié sa méthode de calcul de l’indice d’inflation, suscitant des interrogations sur l’impact réel sur les taux d’intérêt.
Inflation américaine, les trois retouches du BEA
Le BEA passe ses comptes nationaux au peigne fin chaque année en septembre. L’édition 2026 révise les données depuis janvier 2021 et embarque cette fois trois changements de méthode, annoncés dès juin.
Le plus parlant concerne la gestion de portefeuille et le conseil en investissement. Son prix suivait jusqu’ici un indice des prix à la production (PPI) étroitement corrélé à la Bourse. Un gérant prélève un pourcentage des encours, donc ses frais grimpent avec Wall Street sans qu’il travaille une heure de plus. L’ancien calcul comptait une bonne partie de cette hausse comme de l’inflation. Le BEA s’appuie désormais sur l’emploi du secteur pour estimer le volume de service rendu.
Deux autres postes passent sur le billard. Les services juridiques abandonnent une série de l’indice des prix à la consommation, jugée trop erratique, au profit de plusieurs PPI détaillés. Les logiciels, eux, mélangent maintenant l’ancien indice avec des PPI d’hébergement, d’infrastructure informatique et d’édition de jeux vidéo.
Combien pèse la révision de l’inflation américaine
Le BEA n’a publié aucune estimation de l’effet de ces changements. Les économistes de RBC tablaient sur environ 0,18 point de moins pour le core PCE annuel, dont 0,16 point pour les seuls logiciels, selon une analyse relayée par Investing.com. À ce compte, le core PCE de juillet devait glisser de 3,3 % à 3,1 % une fois recalculé. Or les prévisions avaient été calées sur l’ancien thermomètre.

Le mois d’août n’a rien de spectaculaire. Le communiqué du BEA fait état d’une hausse des prix de 0,3 % sur un mois et de 0,2 % hors alimentation et énergie. Les dépenses des ménages ont bondi de 0,9 % pendant que leur taux d’épargne glissait de 4,6 % à 4,1 %. Le core PCE s’établit à 3 % sur un an, un point entier au-dessus de la cible de la Fed.
Faut-il crier à la manipulation ? Quelques analystes américains l’ont suggéré, sans en apporter la preuve. Mesurer des frais de gestion à l’aune du S&P 500 revenait surtout à mesurer la Bourse, et les corrections portent sur des postes que les économistes jugeaient bancals depuis longtemps.
Bitcoin face à une inflation américaine recalibrée
Avec l’ancienne méthode, une Bourse en forme gonflait mécaniquement l’inflation mesurée via les frais de gestion. Pour Bitcoin, la boucle était pénalisante : plus d’inflation, c’est plus de craintes de hausse des taux, qui pèsent sur les actifs sans rendement. RBC n’attribue toutefois que 0,03 point de baisse à ce poste, et le lien entre Wall Street et l’indice ne disparaît pas d’un coup de crayon.
Le calendrier de la Fed change de couleur. La banque centrale a relevé ses taux de 25 points de base le 16 septembre, vers une fourchette de 3,75 % à 4 %. La semaine dernière encore, les marchés donnaient plus de 70 % de probabilité à une deuxième hausse le 28 octobre. John Williams (Fed de New York) a jugé le 29 septembre qu’il n’y avait « pas d’urgence ». Le PCE a fini le travail, puisque l’outil FedWatch du CME ne donne plus qu’environ 35 % de chances à une hausse en octobre.
Bitcoin en profite sans s’emballer. Vers 9 h 50 à New York, il cotait 84 553 dollars, soit 8,8 % de plus qu’à la fin août mais encore 26 % de moins qu’un an plus tôt. Un thermomètre recalibré ne change rien au prix du panier des ménages américains. Williams lui-même garde une hausse en décembre dans sa manche.
RBC estimait l’effet du changement de méthode à environ 0,18 point, pour un écart de 0,3 point avec le consensus. La Fed tranchera le 28 octobre face à un core PCE de 3 %, loin de l’époque où le PCE plafonnait à 2,8 %.
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