Une guerre sans combats, dixit son commandant en chef. Des avions américains ont frappé l’île iranienne de Qeshm dans la nuit du lundi 2 au mardi 3 novembre. Donald Trump venait pourtant d’expliquer à Washington que les États-Unis « ne se battent plus depuis des mois » et que le brut « chute comme une pierre ». Le Brent a effectivement perdu 7,6 % lundi pour finir à 104,77 $ pendant que l’or repassait au-dessus de 3 900 $ et que Bitcoin restait scotché vers 77 000 $. Tout cela à la veille des élections de mi-mandat, dans un détroit d’Ormuz devenu le baromètre du pétrole mondial.
- Des frappes américaines ont frappé l’île iranienne de Qeshm, malgré les affirmations de Donald Trump selon lesquelles les États-Unis ne se battent plus.
- Un potentiel dialogue semble émerger entre Téhéran et Washington, avec des médiateurs qataris de retour pour discuter d’un plan en sept étapes.
Qeshm sous les bombes pendant que Téhéran ouvre la porte aux pourparlers
Les faits d’abord. L’agence d’État IRNA rapporte lundi soir cinq explosions en rafale sur Qeshm. Des habitants décrivent deux avions au-dessus de l’île. Le Wall Street Journal confirme ensuite que l’armée a mené des frappes limitées sur Qeshm. Un officiel cité par l’Associated Press parle de « frappes défensives » contre des Iraniens « utilisant des missiles sol-air contre des moyens américains ». Un autre responsable cité par CNN évoque des tirs iraniens contre un avion américain.
Ces frappes ne sont pas les premières. D’après le Wall Street Journal, cité par The National, Washington en mène depuis plusieurs semaines et ne les annonce pas pour ne pas signaler une reprise de la campagne ouverte le 28 février.
Au même moment, Téhéran fait un pas. Le président Massoud Pezeshkian a déclaré lundi que le Guide suprême Mojtaba Khamenei avait « accordé certains pouvoirs au gouvernement » pour « résoudre le problème par le dialogue ». Les médiateurs qataris sont retournés à Téhéran lundi. Le cadre discuté reprend le plan en sept étapes de septembre, rejeté par Trump à l’époque. L’Iran rouvrirait Ormuz et Washington lèverait le blocus naval des ports iraniens. Ce blocus tient toujours.
Pétrole à 105 $, or à 3 950 $ : les marchés ont déjà voté pour la paix
Le pétrole a réagi avant les bombes. Le Brent a clôturé lundi à 104,77 $, en baisse de 8,66 $ (7,63 %) selon le compte rendu de séance relayé par BigGo Finance. Le WTI a fini à 96,46 $ (-7,36 %). Fin octobre, le Brent dépassait encore 110 $. La nouvelle des frappes n’a presque rien changé mardi en Asie, où le Brent n’a repris que 0,5 % à 105,25 $.

L’or a pris le chemin inverse. Le métal a gagné près de 2 % lundi et s’échangeait vers 3 950 $ l’once mardi avant l’ouverture européenne. Il sortait de son pire mois d’octobre depuis 2008. L’argent a repris la barre des 50 $. Moins de prime de guerre sur le brut, c’est moins d’inflation énergétique et moins de pression sur les banques centrales. Le CME FedWatch donnait tout de même mardi matin 73 % de probabilité à une hausse de taux de la Fed en décembre, contre 80 % une semaine plus tôt.
Bitcoin, lui, est resté de marbre. Autour de 77 000 $ mardi à l’aube, il a varié de moins de 1,5 % sur la séance de lundi. Glassnode situe le prix d’entrée moyen des ETF américains vers 81 500 $, et aucune nouvelle venue du Golfe n’a fait bouger ces détenteurs en perte latente.
Trump face aux midterms : « on ne se bat plus depuis des mois »
Lundi à Washington, pour son dernier discours de campagne, Donald Trump a résumé huit mois de conflit en trois phrases. « Nous avons eu une guerre avec l’Iran. Nous avons gagné. Je ne sais même pas si on peut appeler ça une guerre, parce que nous ne nous battons plus depuis des mois. » Interrogé sur d’éventuelles frappes après le scrutin, il a répondu « non ». Quelques heures plus tard, ses avions touchaient Qeshm.
Sur Truth Social, le président a aussi écrit que le pétrole « chute comme une pierre, près de 10 $ de moins par baril, UN RECORD ». Le Brent a perdu 8,66 $ lundi, le WTI 7,66 $. Arrondi présidentiel. À la pompe, l’électeur américain paie 4,17 $ le gallon en moyenne selon l’AAA, contre 4,40 $ un mois plus tôt.
La pression inverse vient d’Israël. Benjamin Netanyahu a perdu sa majorité aux législatives la semaine dernière. Selon l’Associated Press, il pousse pour une nouvelle vague de frappes après les élections américaines.
Pour les marchés, le vote de ce mardi 3 novembre compte autant que les émissaires qataris. Une Chambre qui bascule changerait l’arbitrage entre inflation et déficits sur lequel l’or et Bitcoin se positionnent depuis une semaine. Le pétrole dépend d’un détroit qui n’a pas retrouvé son débit. Kpler mesurait mi-octobre des flux à Ormuz inférieurs de 18 % à l’avant-guerre, et le monde a puisé près d’un milliard de barils dans ses stocks depuis le 28 février selon le patron d’ADNOC.
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