Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Michael Saylor n’a pas vendu du bitcoin pour en acheter davantage, cette fois. Entre le 27 juillet et le 2 août, Strategy a cédé 1 638 bitcoins pour 104,7 millions de dollars et levé 290,6 millions supplémentaires en actions MSTR. Les 395 millions récoltés au total n’ont pas servi à grossir la pile de bitcoins de l’entreprise : ils ont financé des rachats d’actions préférées, le paiement de dividendes, et la constitution d’une réserve de trésorerie de 4 milliards de dollars.
- Strategy a vendu 1 638 bitcoins et levé 290,6 millions de dollars en actions MSTR pour financer des rachats d’actions et constituer une réserve de trésorerie de 4 milliards de dollars.
- L’entreprise a racheté 912 143 actions STRC à un prix inférieur à leur valeur nominale, économisant ainsi sur les futurs versements aux détenteurs.
STRC : racheter sa propre dette à prix cassé
Le cœur de l’opération porte sur le STRC, l’action préférée à dividende élevé lancée par Strategy pour financer ses achats de bitcoins. Strategy a déployé 81,2 millions de dollars pour racheter 912 143 actions STRC à un prix moyen de 89,02 dollars.
Le titre affiche une valeur nominale de 100 dollars. Racheter en dessous de ce seuil, c’est éteindre une dette à dividende (fixé à 12% par an depuis fin juin) pour environ 11% moins cher que sa valeur faciale. Une opération purement comptable, mais qui vaut de l’argent bien réel économisé sur les futurs versements aux détenteurs.
STRC cotait à 94 dollars le 5 août, en hausse de 6% sur cinq séances et de plus de 30% depuis son plancher de juin, selon CoinDesk. Encore sous le pair, donc, mais l’écart se resserre.
Pourquoi la valeur nominale compte autant
Une action préférée comme STRC fonctionne un peu comme une obligation perpétuelle : elle verse un dividende fixe, et sa valeur de référence (le pair, ici 100 dollars) sert de repère à tout le marché pour juger si le titre est en bonne santé.
Quand STRC cote durablement sous ce seuil, cela signale aux investisseurs que le marché doute de la capacité de Strategy à honorer ses versements dans la durée, même si le dividende continue d’être payé rubis sur l’ongle. Ramener le titre au pair n’est donc pas qu’une question d’esthétique comptable : c’est aussi un moyen de préserver la capacité de Strategy à émettre de nouvelles actions préférées plus tard, à des conditions correctes, plutôt que de devoir brader de futures émissions faute de confiance.
Six semaines sans achat, la priorité donnée au retour au pair
Le prix reste sous les 100 dollars visés, ce qui a poussé Strategy à suspendre ses achats de bitcoins depuis six semaines, sa plus longue pause depuis 2024. La priorité affichée est désormais de ramener STRC près de sa valeur nominale, quitte à maintenir la pause sur les achats de bitcoins. Voilà qui tranche avec l’image de Saylor achetant du bitcoin à tour de bras depuis 2020, quels que soient les niveaux de marché.
Ce n’est pas la première fois que la mécanique de financement de Strategy tousse un peu. L’entreprise avait déjà vendu du bitcoin en juillet pour honorer ses dividendes, à un moment où ses actions plongeaient à leur plus bas niveau en 52 semaines. La différence, cette fois, c’est que l’argent ne part pas seulement éteindre un dividende du mois : il rachète de la dette entière, ce qui allège durablement la facture future. Strategy reste malgré tout assise sur 842 138 bitcoins, largement de quoi financer d’autres rounds de ce type sans toucher au cœur de sa position.
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