L’État qui voulait devenir la Silicon Valley de l’électricité coupe le courant. Greg Abbott, gouverneur qui rêvait de faire du Texas l’épicentre mondial des data centers IA, a ordonné la suspension des nouveaux raccordements au réseau électrique le temps d’un audit complet. Il accuse désormais les opérateurs d’avoir « creusé leur propre tombe » en négligeant le soutien des communautés locales, une sortie qui tranche avec son enthousiasme des derniers mois.
- Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a suspendu les nouveaux raccordements au réseau électrique pour un audit complet, affectant jusqu’à 300 projets de data centers.
- Un désaccord a émergé entre Abbott et Donald Trump, ce dernier qualifiant la pause d’ »erreur », tandis qu’Abbott insiste sur la nécessité de préserver l’approvisionnement électrique des foyers texans.
Un audit qui touche jusqu’à 300 projets de data centers
Le chiffre à lui seul donne la mesure du problème. Plus de 1 800 projets sollicitent aujourd’hui un raccordement au réseau texan, représentant environ 474 gigawatts de demande cumulée, dont près de 90 % proviennent directement des data centers. Le 3 août, Abbott a chargé la Public Utility Commission et l’opérateur de réseau ERCOT de mener une vérification complète avant d’autoriser le moindre nouveau projet.
Selon le Texas Tribune, l’audit doit porter sur 250 à 300 projets, essentiellement des data centers, et prendra plusieurs mois à ERCOT pour être bouclé.
À titre de comparaison, la capacité totale installée sur le réseau ERCOT tourne aujourd’hui autour de 90 gigawatts en pointe estivale. Les 474 gigawatts de demande cumulée dépassent donc de très loin ce que le réseau peut physiquement absorber à court terme, même en tenant compte du fait qu’une bonne partie de ces projets ne verra jamais le jour. C’est justement cet écart entre les promesses de raccordement et la réalité physique du réseau que l’audit doit permettre de trier.
Trump qualifie la pause d’ »erreur », Abbott persiste
Le désaccord se joue désormais au sommet de l’exécutif républicain. Donald Trump a qualifié cette pause d’erreur économique, selon Fortune, un désaccord rare avec un gouverneur de son propre camp politique. Abbott, lui, maintient le cap : ERCOT a d’ores et déjà annoncé ne pas pouvoir respecter l’échéance du 7 août prévue pour le processus d’étude d’interconnexion baptisé « Batch Zero ». La fracture ne se limite pas au Texas, une coalition de communautés locales confrontées à la hausse de leurs factures d’électricité ayant émergé un peu partout dans le pays face au boom des infrastructures IA.
Le camp présidentiel défend une ligne simple, chaque mois de retard dans les raccordements profite aux concurrents chinois de l’IA américaine. Abbott répond que raccorder des projets sans savoir si le réseau tiendra la charge reviendrait à hypothéquer l’approvisionnement électrique de millions de foyers texans pour satisfaire un calendrier fixé par les investisseurs technologiques eux-mêmes.
Le vrai fond du problème : qui paie la facture énergétique de l’IA
L’affaire dépasse largement une simple querelle politique locale. Chaque nouveau data center consomme l’équivalent électrique d’une ville de taille moyenne, une réalité que les collectivités locales découvrent souvent après coup, sur leur facture. Plusieurs coopératives électriques locales ont d’ores et déjà relevé leurs tarifs cet été, sans toujours faire le lien explicite avec l’arrivée massive de nouveaux data centers dans leur zone de desserte.
Le Texas, qui misait sur ces investissements pour asseoir sa position de hub technologique, se retrouve à devoir arbitrer entre l’appétit des géants de la tech et la tolérance de sa population aux coupures et aux hausses tarifaires. Cette tension n’est pas isolée, elle rejoint les inquiétudes plus larges sur le rythme d’expansion de la bulle IA, où le calendrier électoral des midterms complique déjà les arbitrages énergétiques dans plusieurs États.
L’article « Ils ont creusé leur propre tombe » : Les Data centers dans la tourmente au Texas est apparu en premier sur Journal du Coin.
